Placement libre
Ella Balaert

Ella Balaert est l’auteure d’une quinzaine de romans (Belin, Zulma, Hors Commerce, Flammarion …) et d’une quarantaine de nouvelles en revues. Elle est également critique à La Quinzaine littéraire. Ancienne élève de l’ENS, agrégée de lettres, elle a exercé différents métiers avant de se consacrer à l’écriture.

Ella Balaert

Ella Balaert

Placement libre

Prix : 13 €

J’ai écrit ce roman dans une grande colère et une réelle inquiétude. Je le dédie à toutes celles et tous ceux qui se sentent exclu-e-s du monde, qui n’y trouvent pas, ou plus, leur place, pour qu’ils ne retournent pas cette injustice en violence contre soi ou contre autrui. E.B.

Une femme achète deux billets pour aller voir avec son ami, deux jours plus tard, une pièce de théâtre interprétée par un de ses acteurs préférés. Les billets sont en « placement libre ». À peine sont-ils imprimés que ces deux mots, pris dans les mailles d’associations douloureuses, réveillent son angoisse de n’avoir pas sa place ici-bas. Une partie d’elle regrette déjà cet achat. La narratrice est toujours en interrogation sur sa légitimité à occuper l’espace, à avoir une place sociale ou à réussir ses relations familiales et amoureuses. Elle ressent constamment un certain décalage. Elle est alors en passe de se décourager, de renoncer à se battre. Elle a quarante-huit heures pour décider que faire : de ses billets, d’elle-même…

Ce court roman, écrit dans un style vif et enlevé sous la forme d’un dialogue intérieur, aborde avec finesse et un certain humour les impasses actuelles de nos sociétés. Il décrit un mal être face aux injonctions qui font consensus, mais celles-ci n’empêcheront finalement pas la narratrice de trouver son espace de liberté, dans une vision résolument optimiste.

« La tête te tourne un petit peu. Tu l’avais vu indiqué sur ton écran ce n’est pas une découverte que t’arrive-t-il, c’est à cause de ça n’est-ce pas, le goût de bile du billet, tu ne savoures rien du tout en fait, tu as deux places pour aller voir Denis Prigent mais si ça se trouve tu n’y verras rien, tu seras mal placée parce que les billets sont en Placement libre. Tu n’aurais pas dû réserver ces places. Où iras-tu t’asseoir? Et si tu es au dernier rang? Et si un chapeau ou si un chignon (oh comme tu le vois ce chignon avec une grosse barrette plantée dedans) vient se poser juste devant toi et te cacher la vue?
Que tu regrettes d’avoir acheté ces entrées au théâtre !
C’est le problème du placement libre : trois fois sur dix tu es mal placée et dix fois sur dix tu as peur de l’être. Tu prends en main la feuille de papier. Tu ne quittes pas des yeux le mot placement le mot libre. Tu ne verras pas Denis Prigent, tu le sens quelque chose va t’en empêcher. C’est écrit, là. » E.B.

  • Octobre 2016
  • 96 p.
  • 13 €
  • EAN 9782721006592

La Presse en parle

Ella Balaert ou le roman d’une “lutte des places”
Un livre où « il s’agit de se libérer d’une forme d’obéissance liée au rôle qui a été assigné, de tenter de définir et d’adopter sa place propre. En toute liberté, et avec le vertige que cela implique ».
« Je trouve aussi qu’avoir une identité stable est beaucoup plus difficile pour une femme. Nous changeons beaucoup, tout le temps, ne serait-ce que dans notre corps et parfois dans notre nom: nous sommes des êtes de métamorphoses. C’est passionnant – et ça explique mon intérêt pour le baroque et les identités changeantes! – mais c’est aussi très fragilisant… » EB

Emmanuelle Favier, Médiapart, 26 novembre 2016 – Lire l’interview

Au cœur de l’exil
« Ella Balaert s’est imposée un impératif de rythme dont la règle est de ne jamais étirer, épuiser une idée pour maintenir le récit dans son muscle et dans son nerf. L’air manque tout autour, elle le sait, elle le (re)trouvera bientôt. Mais à travers ce texte, elle savoure cet état unique et précieux de la conscience. Cet entre-deux, cet abri, cette hibernation intérieure ouvrent ses poumons vides et lui permettent de trouver une respiration primitive, un dernier cri, un cri vital.  »

Virginie Troussier, ActuaLitté, 13 février 2017 – Lire l’article

Ce roman parle de capacité à s’imposer, à se sentir l’égal(e) des autres qui composent le monde dont nous sommes. S’imposer se fait-il nécessairement au détriment des autres ?
Ces pages, au cours desquelles naît une surprenante tension vers l’événement, sont un délice tant la langue qui y est proposée est juste et colle au propos.
Ella Balaert interroge cette question de la place dans l’existence et invite à s’écouter pour mieux trouver sa manière, unique, forcément unique, d’être au monde.

Sophie Adriansen, Sophielit, Janvier 2017 – Lire l’article

Ella Balaert confie l’angoisse d’être libre
Avec son écriture piquante, l’auteure plante les mots comme des banderilles qui appuient là où ça fait mal. A-t-on la force et l’envie de se battre pour avoir une bonne place au théâtre ? Et dans la vie, qu’elle soit sociale ou amoureuse, y a-t-on vraiment sa place ? Celle que l’on mérite ? Celle que l’on prend ? Ou celle qu’on nous laisse ? Le lecteur est entraîné dans le dialogue intérieur de l’héroïne, au cœur de ses pensées qui s’enchaînent, se déchaînent, rebondissent et se font écho. On lit sans s’arrêter ces lignes qui nous renvoient à nos propres angoisses et à notre propre place.

Laëtitia Déprez, Courrier Picard, 30 octobre 2016 – Lire l’article

Une élégance, une précision du mot, des phrases vraies, drues, pour cerner, piquer au risque de la douleur – dans cette femme-là – ce qui fera sens dans les autres, toutes, et bien sûr, au premier chef, nous.
Une fois encore, le deal littéraire est parfaitement réussi : ce n’est plus la fille à laquelle on pense en refermant l’opus, c’est à nous, cette autre fille en « placement libre » elle aussi, plus souvent qu’à son tour. Remarquable passage de témoin.

Martine L Petauton, La cause littéraire, 7 décembre 2016 – Lire l’article