Ferdaous, une voix en enfer

Prix de l’amitié franco-arabe 1982

Nawal El Saadawi

Sage-femme puis psychiatre égyptienne, Nawal El Saadawi (1931-2021) est l’autrice d’une œuvre prolifique et audacieuse nourrie de sa pratique médicale au contact de ses patientes. Son écriture prend diverses formes – essais, fictions, théâtre –, mises au service de la lutte contre les violences machistes. Elle milite avant tout contre l’excision, qu’elle a subie à l’âge de 6 ans, et contre le mariage forcé, auquel elle réchappe à 10. Nombre de ses ouvrages sont frappés d’interdiction en Égypte, tant elle y dérange l’ordre politique et religieux établi. Démise de ses fonctions de directrice de la Santé publique en 1972 pour La Femme et le Sexe (L’Harmattan, 2017), puis menacée de mort, elle s’exile aux États-Unis et devient consultante pour l’ONU. Elle s’éteint au Caire à 89 ans, sans avoir jamais cessé de lutter.

Nawal El Saadawi

Nawal El Saadawi

Ferdaous, une voix en enfer

Traduit de l’arabe par Assia Djebar et Essia Trabelsi

Préface d’Assia Djebar de l’Académie française

Prix : 10,25 €

Dans une prison du Caire, une femme attend d’être pendue. La veille de son exécution, elle reçoit enfin dans sa cellule la psychiatre qui souhaite recueillir sa parole, et comprendre son crime. La détenue parle vite, sachant son heure venue et n’ayant plus rien à perdre. Elle s’appelle Ferdaous, « Paradis » en arabe, et sa vie n’a été qu’un enfer. D’inceste en violences conjugales, programmée pour devenir prostituée, elle fait payer les hommes pour le mal qu’ils lui infligent. Jusqu’au jour où l’un d’eux le payera de sa vie.

« J’ai eu recours à la police, mais je découvris que ses liens avec la police étaient plus puissants que les miens. J’ai eu recours à la loi, mais je découvris que la justice punit les femmes et ferme les yeux quand il s’agit des hommes. » N. E. S.
« Ne rien espérer, ne rien désirer, n’avoir peur de rien ! Tout ce qui peut arriver est déjà arrivé et, pour elle, le pire est déjà arrivé. » N. E. S.

Ce roman iconique de la grande voix du féminisme du Moyen-Orient est inspiré de faits réels : Nawal El Saadawi a recueilli en tant que psychiatre le récit de vie d’une détenue de la prison de Kanater et l’a restitué à l’écrit en une semaine, après sa pendaison. Paru en arabe en 1975, Ferdaous est pour la première fois publié en France en 1981 aux éditions des femmes. L’autrice se trouve alors elle-même en prison, victime d’une vague d’arrestations arbitraires. La mobilisation internationale du Mouvement de libération des femmes œuvre à sa délivrance, et suivront chez les mêmes éditrices : La face cachée d’Ève (1982), Douze femmes dans Kanater (1984), Femmes égyptiennes, tradition et modernité (1991).

Parution en édition de poche le 27 janvier 2022
176 p. 6,50 € EAN : 9782721009425

  • 1981 (Réédition 2007)
  • 220 p.
  • 10,25 €
  • EAN 9782721005489

La Presse en parle

Encore une histoire édifiante ! dira-t-on. Le féminisme n’est plus à la mode et le manichéisme n’est pas de bon ton. C’est en effet un livre manichéen. L’auteure le revendique jusque dans le titre puisque Ferdaous veut dire : paradis. Pourtant, ce livre est beau. Non seulement parce qu’il dénonce quelques vérités trop vite oubliées mais parce qu’il s’agit d’un vrai roman tragique. Son héroïne est portée par la fatalité et la rébellion. Elle lutte contre un destin qu’elle ne vaincra que par la mort. Dans une langue fraîche et limpide où les mots ont la force de leur simplicité, Naoual décrit des événements dont l’inéluctabilité n’appartient qu’en partie à la société des hommes.

Sabine Valici, Libération, décembre 1981

Bibliographie