Des femmes, Antoinette Fouque
Sitt Marie Rose
Etel Adnan

Etel Adnan née en 1925 à Beyrouth au Liban, est poétesse, écrivaine et artiste visuelle. Elle écrit en français, en anglais et en arabe.

Etel Adnan

Etel Adnan

Sitt Marie Rose

Dans Beyrouth à feu et à sang, une calligraphie barbare et archaïque vient balafrer la ville, mutiler les corps, déchirer les communautés – étouffer dans ses entrelacs les sursauts désespérés des « exclus encerclés » palestiniens, et les gestes d’amour de Marie Rose qui a choisi le camp des réfugiés. Comment inscrire devant les yeux blancs de l’Occident tant de blessures, qui dans l’Orient arabe viennent rouvrir les plus vieilles escarres, la haine de la femme vivante sous la vénération de la mère arabe et de la vierge chrétienne idolâtrées, la jalousie des frères rivaux, la paralysie et la mort ; comment, dans un français déjà détenu par la milice chrétienne, raconter les tortures de Marie Rose sans redoubler la violence, et jouer sur la mort ? Il faut qu’Etel Adnan soit lue pour que les femmes sachent que Sitt Marie Rose est morte, quand ce n’est qu’une exécution entre des milliers, et que ça ne peut se dire que d’une voix étranglée comme l’a été la sienne.

  • 1978 (Réédition Tamyras éditions 2010)

La Presse en parle

La déchirure du ciel – visible aujourd’hui encore – témoigne de la démence qui s’était emparée de Beyrouth lors d’un printemps malheureux. (…) Marie-Rose avait trente-cinq ans. Belle et sereine. Son crime durant la guerre civile fut le courage de ne pas penser ni agir comme une grande partie de sa communauté : chrétienne, elle était passée au camp des musulmans; Libanaise, elle était passée au camp des Palestiniens; femme arabe, elle s’était mêlée de politique, chasse gardée de l’homme.

Tahar Ben Jelloun, Le Monde, 10 février 1978