Des femmes, Antoinette Fouque
Femmes d’Alger
Assia Djebar

Assia Djebar, romancière et essayiste algérienne de langue française, a également réalisé plusieurs films. Elle a été élue à l’Académie française en 2005.

Assia Djebar

Assia Djebar

Femmes d’Alger

dans leur appartement

1833, dans Alger récemment conquise, Delacroix s’introduit quelques heures dans un harem. Il en rapporte un chef d’œuvre, Femmes d’Alger. 1955, Picasso réinvente Femmes d’Alger, dénude les femmes de Delacroix, libère l’espace, préfigurant celles qui sont appelées ici « les porteuses de feu », héroïnes de la bataille d’Alger qui se feront connaître du monde entier.
Vingt ans après, ces femmes ne sont plus objet d’enquête, mais sujets cherchant autant dans une condition de réclusion que dans la solidarité présente, une « nouvelle parole ».
Ces multiples récits de fiction ont en commun un langage qui « si longtemps a pris le voile ». Ces textes nous restituent vraiment, comme il a été dit pour le film réalisé par l’auteure : La Nouba des Femmes du Mont Chénoua, « un langage de l’ombre ».
Écoute d’une parole que des siècles de ségrégation sexuelle ont censurée, elle contribue à remplacer le temps du « regard interdit, son coupé », par une histoire et un présent de femmes arabes en lutte.

  • 1980
  • 176 p.

La Presse en parle

Six nouvelles, ponctuées par le temps, disent le quotidien, la mémoire, le courage des femmes algériennes. Récits pris au silence, détachés de l’ombre, volés au miroir rare. Assia Djebar a écrit ces nouvelles dans un style haletant, celui où l’image s’impose, furtive, défilant à toute vitesse, comme dans un film (notamment dans le récit La Femme qui pleure). […] Il faut lire ces nouvelles arrachées à la nuit et à l’attente. Il faut aussi lire le texte final où Assia Djebar analyse ce « regard interdit », celui posé en 1832 par Delacroix sur Femmes d’Alger, celui que Picasso a libéré en 1955. Parabole d’une « libération concrète et quotidienne des femmes ».

Tahar Ben Jelloun, Le Monde, 8 août 1980