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Fictions
Théâtre
La
Bibliothèque des Voix
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Hélène
Cixous
L'Heure de Clarice Lispector
précédé de
Vivre l'Orange
170 p. - 13,50 €
1989
" Lire Clarice comme
elle nous lit le monde, sa légende, comme elle (nous)
écrit. A la lumière du fruit. Pomme le sien.
Orange le mien. Et le tien ? Quelle couleur ? Quelle douloureuse
joie ?
1979, 1989, deux textes, deux mains, l'heure est la même
: c'est la dernière, l'heure de l'étoile, pomme
d'en haut.
Ceci est méditation sur la dernière heure. L'heure
merveilleuse et impensable, l'heure vers laquelle nous allons
comme vers la vérité. Ma vérité,
notre vérité, cette étrangère,
cette étrangeté dont le visage nous est promis
à voir, à la fin.
Et entrretemps, toujours cette urgence : faire résonner
dans notre siècle l'écho de cette Voix venue
des origines.
Clarice Lispector, on a peine mais aussi joie, à croire
qu'elle ait pu exister, tout près de nous, hier, si
loin en avant de nous. Après la compréhension,
pas à pas, elle s'avance en tremblant dans l'incompréhensible
épaisseur frémissante du monde, l'oreille finissime,
tendue pour recueillir jusqu'au bruit des étoiles,
jusqu'au minime frôlement des atomes, jusqu'au silence
entre deux battements de cur. Veilleuse du monde. Elle
ne sait rien. Elle n'a pas lu les philosophes. Et cependant
on jurerait parfois les entendre murmurer dans ses forêts.
Elle découvre tout.
Regard acharné, voix qui peine, écriture qui
travaille à désenfouir, déterrer, désoublier
quoi ? Le vivant, les inépuisables mystères
de notre " habitation ", sur terre. Et comme il
y en a ! Des règnes, et des espèces, et des
êtres. Tout ce qui existe est à sauver, à
tirer de l'oubli qui nous tient lieu d'existence quotidienne.
Et voici que par cette uvre tout revient, tout nous
est rendu, également, depuis le plus splendide jusqu'au
plus banal, tout également : tout ce qui a droit à
être nommé, puisque c'est. Chaise, étoile,
rose, tortue, uf, petit garçon... maternellement
elle se soucie de toutes les espèces d'" enfants
".
Comme toutes les plus grandes uvres, celle-ci est apprentissage.
L'uvre nous remet à l'école du monde.
L'uvre elle-même l'école et l'écolière.
Car qui écrit ne sait pas. Ce qui n'empêche pas
l'écriture de faire, sans le savoir, la vérité,
en tâtonnant dans le noir, à la lumière
d'une pomme." H.C.
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