|

Elena Gianini
Belotti est née à Rome. Elle dirige le
" Centre Nascita Montessori ", unique en son genre
en Italie. (Les écoles " Montessori " sont
en Italie des écoles dÉtat très
progressistes, pour enfants, dans lesquelles sont aussi formés
les instituteurs et les institutrices).
|
Elena
Gianini Belotti
Courrier au cur
Traduit
de l'italien par Raymonde Coudert
420 p. - 11 €
1981
En 74 la parution de Du côté des petites filles,
la revue " Noi Donne " de l'Unione della Donne Italiane
propose à Elena Gianini Belotti de s'occuper d'une
de ses rubriques, le courrier des lectrices.
" J'avais toujours détesté le courrier
du cur des journaux féminins... J'avais peur
de ce qui pourrait remplir l'espace de la rubrique, peur de
devenir une sorte de " Madame Bonheur " de gauche.
Je sous-estimais ainsi, et de beaucoup, ce que les femmes
pourraient me dire, l'obligation où je serais de réfléchir
à partir de ce qu'elles me diraient, de me mettre en
jeu à mon tour par ce dialogue avec elles, d'analyser
leur réalité, mais aussi la mienne, de changer,
intérieurement, beaucoup plus profondément que
je ne pouvais le supposer.
Plusieurs thèmes, niés jusque-là parce
qu'on les considérait comme dénués de
dignité politique, tels que " le privé
", l'affect, le couple, la sexualité, sont massivement
présents dans la rubrique, et étroitement liés
les uns aux autres ; ils révèlent sans équivoque
à quel point une des caractéristiques distinctives
et positives de la façon dont les femmes s'assument,
consiste à refuser la scission typiquement masculine
entre le monde de l'engagement politique et celui de la vie
affective et relationnelle.
L'homme est toujours présent dans ce dialogue, soit
directement, par des voix masculines... soit indirectement,
en tant qu'opposant majeur, compagnon de route récalcitrant
ou partie prenante... On peut ramener tous ces récits
faits par les femmes, plus ou moins manifestement, à
une situation de dépendance dont les femmes cherchent,
dans tous les cas, à se libérer.
Pour moi, tant personnellement que comme interlocutrice de
ces lettres au journal, l'objectif toujours présent
était de briser la dépendance à l'homme,
de refuser de continuer à en faire le personnage central
d'une vie féminine, mesure du succès ou de l'échec
de toute une existence.
... Mais ce qui émane de toutes ces lettres, c'est
l'immense courage et la grande lucidité des femmes,
l'extraordinaire vitalité qui les caractérise,
leur capacité d'accepter, et plus encore, de solliciter
le changement, sachant bien qu'il faut en payer le prix...
Elles ont accompli, sont en train d'accomplir un extraordinaire
effort pour s'affranchir du masculin. "
Elena Gianini Belotti
|