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Hélène Cixous
Le Nom d'Oedipe, Chant du corps
interdit
Opéra
repésenté au festival d'Avignon en 1978
96
p. - 6,50 €
1978
" Le drame qui se joue ici pourrait être une version
du mythe d'dipe. En fait il déplace radicalement
l'inceste fils-mère, l'accidentel qui est au corps
du mythe, pour faire apparaître essentiellement l'énigme
de l'invivable de la relation entre homme et femme : "
dipe " " Jocaste " ne sont jamais que
les prénoms occasionnels de tout homme toujours fils
de toute femme jamais femme. Ce qui fonde l'invivable du couple
c'est la duplicité de la structure qui veut qu'un homme
soit toujours adultère : " le couple " cache
un tiers là où l'homme a toujours en réalité
deux objets d'amour. Et ce n'est pas la femme-épouse,
appropriée, incorporée, qui est son principal
objet, mais sa propre image idéale, lui-même
dans l'autre qui le regarde comme il veut être vu, grand
et bon à ses propres yeux, vénéré
(par l'autre, maîtesse, ici, : la Ville-fille). Que
veut un homme ? toujours fils-père, être aimé
de la mère, jouir lui-même dans la fille.
C'est cette structure aussi qui veut qu'une femme soit reléguée
à la place de la mère. Jocaste même d'origine
étrangère à dipe serait nécessairement
advenue à cette place...
Le chant du corps interdit porte à la scène,
ici sous le nom d'dipe, la division à tous les
niveaux. Il montre comment dipe agent de la loi peut
faire l'amour avec sa mère tant qu'elle n'est pas nommée,
tandis que Jocaste qui sait avant tout savoir, depuis toujours,
et qui sait être au-delà des mots, tente de délivrer
dipe des noms qui font la loi. La situation tient à
un fil(s) et un nom.
Dans la première partie s'effectue la marche à
reculons de l'homme qui dos à la vérité
cherche à ne pas savoir ce qu'il sait en se rendant
à l'appel séducteur de la ville, déjà
il déserte Jocaste et, désertée, elle
s'enfonce dans l'immensité de l'interdit : " ne
dis pas ! ".
Dans la deuxième partie Jocaste se consume du silence
de cet homme : " il ne m'a pas dit ! ". Elle erre
tout au long de la mort sans réussir à mourir
car celui qui lui donnait à vivre chaque jour ne lui
donne plus rien pas même la mort. Cependant en présence
de Tirésias (qui ? le devin aveugle ? l'autre Jocaste
? dipe jeune ? L'amour ?), elle cherche, trouve des
forces vives pour gagner la mort... "
H.C.
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