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Annie Cohen
Les Sabliers du bord de mer
176 p. - 9 €
1981
Une femme est allongée sur le sable.
Allongée, blanche. Sous léclatante lumière
solaire. Devant elle, linforme océanique, anonyme
et fécond. Derrière elle, le désert.
De ces déserts qui, dans le monde, arrivent au bord
de locéan.
`De cette situation territoriale naît lécriture,
sur le sable, images défaites, déconstruites,
mouvantes.
Ici, la narration sefface, séclate, se
dissout, pour voir le vide creusé par un texte qui
coule, insaisissable, mystérieux, impalpable.
Rien dautre sur la plage quune idée du
monde, une idée de fécondité et de stérilité
intimement mêlées. Une idée de néant
blanc, derrière soi, si proche, si près : "
au petit jour du matin, le tissu décousu, décomposé
du corps terrestre, et les restes désagrégés,
anéantis, détruits et toute la poussière
du monde diluée, très diluée dans lespace
galactique."
Mais dans ce désert il existe une plante dont les racines
trouvent leau à plus de cent mètres de
profondeur.
Ainsi lécriture puise à la source dune
parole souterraine et cachée, la substance unique,
tellurique, immatérielle, dun infini qui impose
son ordre au monde.
Descendre sous terre, en soi-même, vers la source où
sélabore la mémoire.
Superbe fiction que celle qui laisse des blancs, des trous,
dans le décousu dune pensée qui se forme
et se déforme. Pour sanéantir.
Un homme intervient dans la seconde partie du texte. Il parlera
dune femme avec passion, avec amour, avec crainte. Parle
t-il de cette même femme, allongée, blanche ?
Le mystère prend ici toute sa place, le mystère
et le secret.
Rien ne peut être dit.
Aucune histoire ne peut être racontée.
La fiction ne saurait être
quune diversion pour nous détourner de notre
noir chagrin. Aussi ny a t-il plus de fiction possible,
plus de récit possible. Aucune autre aventure que celle
inlassable du décryptage obscur de notre pensée.
AC
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