|

|
Annie Cohen
L'Edifice invisible
140 p. - 10,50 €
1988
Dans Paris, la nuit, une jeune femme dévide
une bobine de fil blanc liant ainsi des lieux, des itinéraires,
des places, des édifices.
A travers les rues, elle va, elle vient, en proie à
une force vive, obscure et radieuse, portée par l'amour
et la curiosité, traversée par un désespoir
optimiste. Elle marche dans les rues sillonnées par
des passants sans visage, à l'heure de la retransmission
des matchs de foot de la Coupe du monde. Elle parcourt dans
la nuit tombante un Paris infidèle aux cartes postales,
un Paris qui en rappelle un autre, celui de Nadja ou du paysan
d'Aragon.
Par cette trace laissée sur les trottoirs, Héléna
Roujanski entreprend un geste créateur fondé
sur l'abandon, l'absence, l'usure, la mémoire, la fable
et les mythes. Geste irréel qui la conduit à
baliser les avenues et les petites rues. Ses nuits sont éclairées
par une lumière intérieure, par une lampe élevée
au-dessus de sa tête, elle-même veilleuse vigilante.
Héléna Roujanski prolonge les héroïnes
des récits passés. Elle les enrichit d'une nouvelle
conjugaison de l'amour et de la géographie, et d'une
manière d'être dans un ailleurs poétique
qui exalte et contraint à la résistance. Elle
nous entraîne le long d'une rivière souterraine,
la Bièvre. Le fil déroulé en surface
rejoint les eaux dissimulées de la rivière.
Le thème du fil rejoint ainsi les mythes fondateurs
(Ariane, Pénélope, les Parques), paroles antiques
qui s'intègrent au monde moderne.
Le récit se déroule sur trois nuits au cours
desquelles la jeune femme élabore un parcours urbain,
selon un itinéraire aussi secret et imprévisible,
aussi fascinant que ses rythmes biologiques.
Héléna Roujanski s'associe au chant d'un judaïsme
profond, à travers les thèmes de l'errance,
de la terre promise, du rouleau de la Loi et de la bobine
de fil.
|