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Annie Cohen
est née en 1944 en Algérie. Elle se consacre à la critique
littéraire, à l'écriture et au dessin. Son premier roman,
La dentelle du Cygne, a donné lieu à des représentations
théâtrales à Paris, Lyon et Marseille.
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Annie Cohen
La Dentelle du cygne
90 p. - 7,50 €
1979
" Elle portait pour le bureau ces
sandales orthopédiques, plates et hygiéniques,
du docteur Scholl... Elle marchait dans la rue en regardant
à terre, perdue dans le décompte des pavés...
Elle était toujours légèrement voûtée,
les épaules en avant, le corps en dedans. L'idée
d'être droite et arrogante ne lui venait jamais spontanément
à l'esprit. Son itinéraire était sans
surprise. Elle empruntait le soir le chemin du matin. Et elle
rentrait vite. "
La nuit cette nuit-là une femme dans
un fauteuil, face aux doubles rideaux tirés. Immobile,
figée.
" C'est dans l'immobilité du corps qu'elle parvenait
à la plus grande mobilité, à la plus
extrême souplesse. Tout va trop vite parfois... Une
sorte de torpeur résignée grignotait les membres.
Engourdissement, raideurs, léthargie. Du fauteuil,
elle rattrapait de justesse des bouts d'histoires décomposées.
Donne la main, tu vas tomber... "
La nuit, l'attente.
"... Seulement l'attente... L'approche la venue l'arrivée.
La proximité, le soupçon... Maria tira brusquement
les doubles rideaux et fit le geste d'ouvrir la fenêtre.
Elle cherchait dans le regard des passants l'ampleur de sa
blessure... Derrière les carreaux, elle se mit à
trembler doucement. Elle n'était jamais restée
aussi longtemps devant la fenêtre.
La fenêtre dans sa nudité offrait le spectacle
d'une plaie ouverte. Le ciel avait tiré ses rideaux
mais rien ne laissait supposer que le jour passerait du jour
au lendemain... Avez-vous déjà vu le soleil
refuser de se lever. Mais rien ne laissait supposer que c'était
pour l'éternité... Elle tourna le fauteuil en
direction de l'ouest, bien décidée à
retarder l'arrivée du jour. "
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