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Essais
Théâtre
Bibliothèque
des Voix
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Hélène Cixous
Le Troisième corps
208 p. - 14,50 €
Réédition 1999
" Était-ce la mort dont jétais le
ciel cette nuit ? je ne me voyais pas, se dit Gradiva. Aucune
face ne métait révélée.
Qui mourait sans nom sans sexe, allongé sur le dos
dans un coin élevé dune ville aux eaux
vertes ? Lêtre était allongé comme
cela, sur le dos, comme il est allongé : il se prête
à la répétition. La tête était
posée sur les pavés gluants dans langle
sud-est du tableau. La langue venait den haut et du
centre. Ainsi. Jépouse ; courbée je laborde,
je suis. Aussitôt je ne suis pas. Lailleurs enfin
mest donné, avec le nom, avec le sexe de lêtre
appelé, avec le moïse et dedans lenfant
né ; avec le désir joué, la bouche refermée,
les eaux noires écoulées. Cet être que
je nétais pas, et que personne nétait
parce que ce ne pouvait être que moi mais je navais
personne pour me dire nom. Qui membrasse ? Ma langue
dans le moïse, sauvée des eaux.
Le temps est venu dinterroger : quels rapports y a-t-il
entre mes langues ? entre toutes nos langues ? Tu mas
croisée. Nos langues se sont croisées. Nous
connaissons les terreurs, les doutes, les trous noirs et les
trous blancs, les présences éternelles, les
puissances primordiales, les premières eaux et les
dernières. Au croisement de nos langues il nous est
venu un troisième corps, là où il ny
a pas de loi. "
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