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Essais
Théâtre
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des Voix
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Hélène Cixous
Préparatifs de noces au-delà
de l'abîme
184 p. - 10 €
1978
" Je me vois déjà
là où je ne manque pas d'ici, je suis déjà
d'Ici par mes quatre clairvoyances, ma vue d'oiseau, ma vue
d'enfance, ma vue de vérité, ma vue de transformation,
de regarder l'Ici sous le jour nouveau, son visage étrangement
tourné vers moi, le vrai visage de l'inattendue, je
me vois déjà regarder l'évidence face
à face. Ici, à laquelle je suis venue de mon
vivant, moi, la femme qui a fait faux bond à la fin,
et je me vois maintenant regarder le visage décisif,
c'est elle, c'est le bon visage, je ne l'avais jamais déjà
vu, mais il devait y avoir en moi depuis toujours, une innocence
qui ne s'en était pas privée, et c'est elle,
mon Innocence, qui me fait accourir jusqu'auprès de
la femme à laquelle il n'avait pas été
écrit que je devais arriver, devant l'amour à
laquelle il m'était donné d'arriver sans faute,
sans stylo, sans incertitude, sans contrainte, sans nom, sans
orthographe, sans calcul, sans carte, sans préparatifs,
celle qui n'aurait jamais pu s'annoncer sans qu'une Faute
m'arrête et me fasse rentrer sous taire. Je me vois
regarder ma vérité face à face, ma vie
restée sauvée, c'est une femme sans ombre de
disparition, je vois la mer elle-même, sa profusion,
et la vie ne m'est pas reprise, un pas ne me sépare
pas de son grand corps de lumière verte agitée,
elle monte vers toi du fond des abîmes, la venue brillante,
ses tendresses puissantes, ses grandes vagues sans méchanceté,
ses yeux tristes infiniment gais, " appelez-moi ! ",
j'entends une voix remuer doucement, c'est une voix jeune
encore, une voix nue, surgie de ma gorge, qui erre, ne dit
pas mot, " appelez-moi ", une voix dépouillée,
chercheuse, " faites moi venir ! ", intimidée
" faites moi venir toute à vous ! "
Et si rien ne sépare mon innocence du bon corps auquel
je suis toutes sauf un bond, le premier, qui t'empêcherait
de faire ensemble avec toute moi le vrai bond ".
H.C.
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