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Hélène Cixous
Osnabrück
240 p. - 15,50 €
1999
" Il est déjà parti
depuis longtemps ce livre, depuis Osnabrück, Hanovre,
la ville du Traité de Westphalie (1648) et de ma famille
Jonas (1840-1942), il parcourt le mystère des temps
sur les quatre continents qui supportent lhistoire de
ma mère et lintéressent également,
au départ il devait remonter ma mère en tous
les sens depuis les sources des sources jusquà
lembouchure de la rue Saint-Gothard, en respectant son
cours multiple et renversant, car cest bien elle de
sembler finir par commencer ou pour commencer ne pas finir
jamais. Mais très tôt dans laventure, jai
découvert que ce serait un combat ce livre contre lui-même
et plus précisément un combat de ma mère
contre ma mère, je précise : de maman contre
ma mère, et plus précisément encore un
combat mené dans ma mère même et sur toute
létendue de la terre la terre qui est
elle entre maman, ma mère, Eve, notre mère,
Eva Klein la fiancée de mon père, et Eve Cixous
sage-femme, combat aussi incessant et vital que le battement
du cur et de la respiration. il y va de la vie de ma
mère en vérité de vivre de sa survie
et même plutôt de ses survies à elle-même
et au Temps. "
Hélène Cixous
________
Osnabrück c'est l'épopée de Eve, la mère
d'Hélène, la mère- jeune fille. C'est
aussi le livre de toute mère pour la fille, le livre
de la fille autour de la mère, ma terre qui brille
et menace de disparaître.
Osnabrück tremble de perdre Eve. C'est qu'on peut perdre
la mère la vie en écrivant "sur" elle,
et également en n'écrivant pas vers elle. Osnabrück
connaît tous les degrés de la perte, depuis la
peur de perdre jusqu'à la douleur d'avoir perdu la
peur de perdre.
Osnabrück, petite ville d'Allemagne, est le siège
de l'Histoire ancienne et contemporaine. La famille d'Eve
y vécut depuis le début du XIXe siècle
jusqu'à l'Holocauste. Tous ceux qui s'attardèrent
à Osnabrück furent déportés jusqu'au
dernier. Eve essaie par le récit de retenir ses 124
morts au bord de l'oubli. Osnabrück rappelle ces familles
juives aux noms si allemands. Osnabrück est la racine
féminine de Hélène. Eve, la première,
est aussi la première Europe. Elle est une déesse
modeste et voyageuse. Oran, ville de Georges, le père
d'Hélène, est le berceau masculin, le moïse
de l'auteur. Oran se glisse par anagramme dans Osnabrück
le berceau des berceaux. Osnabrück est le pacte qui unit
devant et derrière "maman" le couple aimant
du frère Pierre avec la sur Hélène.
Osnabrück est la dispute du tragique avec le comique.
En tant qu'auteur, Hélène Cixous est le croisement
d'un père jeune mort et d'une mère sans âge
qui est la vie même. Toute sa vie l'auteur s'est dit
qu'elle n'écrirait jamais sur sa mère ; jusqu'au
jour où elle l'a fait. Ce livre lui a opposé
de vives résistances. Osnabrück est impossible
: le livre lutte pour ne rien trahir ni personne.
Eve a 88 ans. Elle ne change pas. Osnabrück ne peut s'empêcher
de penser que Eve va s'en aller. A la fin, comment la retenir
? Mais Eve revient. Jusqu'à présent, en l'an
1999, elle n'a pas arrêté de revenir.
Osnabrück est le livre de la clandestinité : clandestinité
de Eve, la passe-frontière, celle qui traverse exils,
morts, intacte ; clandestinité de l'auteur qui écrit
toujours au secret, en cachette d'Eve. Comment peut-on écrire
sur sa mère vivante ? De quelle furtive façon
? De quel droit ? La question reste avec l'auteur. Cependant
Eve court encore.
Osnabrück, petite ville de l'Allemagne fédérale
fut le siège, en même temps que Münster,
des négociations de la paix de Westphalie (1648) qui
mit fin à la guerre de Trente Ans. Cette guerre eût
pour causes essentielles l'antagonisme des protestants et
des catholiques et les inquiétudes nées en Europe
des ambitions de la maison d'Autriche.
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