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Essais
Théâtre
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des Voix
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Hélène Cixous
Manne
340 p. - 15,50 €
1988
Mandelstam, Mandela, deux noms que l'auteur
noue par leurs syllabes communes, deux hommes, deux
amandes dans la poitrine du monde, le poète russe
et l'homme d'action : un mort, un vivant, deux survivants.
Ils ne se connaissent pas, mais la même douleur
les connaît.
Les relevant, les ramenant au jour, deux femmes, Nadejda Mandelstam,
Winnie-Zami Mandela.
Deux dates, 1er mai 1938, ultime bannissement dans un exil
de glace d'Ossip Mandelstam, 12 juin 1964, condamnation de
Nelson Mandela, à la privation de vie.
Un quart de siècle sépare et cependant ne sépare
pas ces destins, qui, pour nous être contemporains,
nous restent si difficilement imaginables, si étrangers.
Deux tragédies à la fois individuelles et historiques,
deux noirs poèmes : les yeux qui voient cela
sont veufs de toute l'humanité.
De quelle manne peut-on pourvoir ces habitants de l'autre
monde, de la terre sans terre, du pays derrière les
murailles ? Comment est-il possible pour l'un de survivre
à l'Arrestation de vie ? Pour l'autre d'être
posthume à toute Poésie ?
Manne de mots : quand on a droit à 500 mots par mois
pour survivre, au bagne sans fin, il faut en vérité
que ces 500 mots soient minutieusement magiques.
Manne, la poésie. Des textes (Dante, Mandelstam) nourrissent
et fécondent le texte qui à son tour porte au-delà
de l'oubli les bannis. Chaîne de l'engendrement.
L'écrivain nourrit de son texte, pour les revitaliser
à partir de sa douleur, ces deux fortes ombres, ces
deux forces à l'ombre que le siècle
voudrait tant effacer.
Mais sa Manne glorifie d'abord l'inépuisable don de
deux femmes et d'autres de ces amantes, chacune
à sa manière veuve et mère du mort-survivant.
Corps et mémoires, Nadejda et Winnie remettent au monde,
jour à jour, l'exilé.
Était interdite la question dont les mères
nourrissent leur souci : et alors, qu'est-ce que tu as mangé
là-bas, mon enfant ? Femmes privées du partage
du pain, du temps, du gâteau de vie.
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