Hélène Cixous Jours de l'an 276 p. - 15,50 €
1990 Pendant ce temps l'auteur... l'auteur
ne revient pas. Elle est tout à son drame. Pourquoi parlé-je de l'auteur comme
si elle n'était pas moi ? Parce qu'elle n'est pas moi.
Elle vient du plus loin et du plus étranger de mes
étrangers. Elle part de moi et va où je ne veux
pas aller.
Pendant que moi depuis le 12 février de cette année,
j'essaie de toutes mes forces de saisir de brèves lueurs
de vérité, l'auteur n'est occupée que
de cette histoire à raconter. Une Histoire Idéale.
Elle y va... si lentement qu'entre-temps je raconterais dix
histoires. J'écris sous terre, comme une bête,
enfouissant dans le silence de ma poitrine...
Une différence entre l'auteur et moi : l'auteur est
la fille des pères-morts. Moi je suis du côté
de ma mère vivante. Entre nous tout est déchirant.
L'action d'écrire est d'une telle étrangeté
: c'est l'étrangeté en toi qui écrit
non seulement le temps de la création, temps de la
mère, et de l'enfant, mais d'abord l'heure de la mort.
En toi passent ces auteurs, peintres, poètes, pour
qui la question de l'origine étrangère de l'uvre
est essentielle : Clarice Lispector, Marina Tsvetaieva, Rembrandt,
Thomas Bernhardt...
C'est l'aveugle en nous qui écrit, qui peint. Ce texte
s'avance entre non-voyance et voyance. Allant parfois jusqu'à
perdre de vue l'auteur...
H.C.