Hélène Cixous Un vrai jardin 40 p. - 3 €
Réédition 1999
« Je pénétrai sans méfiance,
cétait un vrai jardin ; dès la grille
on voyait que la terre existait. Puis la grille se ferma doucement
et lon était dans le jardin. Dehors et assez
loin, les gens allaient à la guerre. Quelques bombes
tombaient et secouaient la toile de tente. Il y avait longtemps
quon ne lappelait plus le ciel parce que dici-bas
on le voyait se déchirer et seffranger au-dessus
des murs. La terre sentait bon.
Javais un nom. La ville avait un nom, et tout le monde
en avait un sauf le jardin qui sappelait seulement le
jardin parce quil ny en avait quun. Comme
personne ne mappelait, mon nom finit par tomber en désuétude.
Pendant un certain temps, quelques années, je le prononçai
à haute voix certains jours, au cas où les choses
changeraient et où les gens recommenceraient à
se parler. A vrai dire je ny croyais pas mais une obscure
fidélité me dictait encore ses lois. Ainsi je
navouai jamais à voix haute que jétais
heureux davoir pénétré dans le
jardin parce quil navait justement pas de nom
et quà part les coléoptères, les
lépidoptères, les gardiens des allées,
les bonnes et les enfants, jétais seul. »
HC