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fictions Hélène Cixous

 

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Bibliothèque des Voix

Hélène Cixous
La Fiancée juive
208 p. - 14,50 €
1994

" La fiancée juive est née parmi les Passions sévères qui savent que l’amance ne peut pas faire l’économie du heurt.
Nous, dès le soir du premier jour de notre histoire, sur la table d’un café, suivant les indications immédiates d’une évidente éternité, nous avions engagé d’un coup naturellement
la totalité des cinquante-cinq années futures que nous avions devant nous, d’un coup bien sûr, avec absence de crainte et absence d’arrogance, éclairés et innocents comme ils le sont au commencement, ceux qui sont élus pour l’amance sans l’avoir demandé. Dieu vous tombe dessus avec délicatesse : Vous êtes reçu, annonce t-il. Et dire que nous ne savions même pas que nous nous étions présentés à son examen.
Mais il y a des démons avec lesquels il faut compter pour nous percer le cœur. Selon moi la santé des amants rend le diable malade obligatoirement. Je comprends que cela puisse exaspérer la peuplade qui erre sur les talons de Dieu. C’est injuste ruminent-ils, et là-dessus je suis bien d’accord. Pourquoi elle ? Pourquoi lui ? Pourquoi eux ?
Alors ils essaient. A neuf heures tous les soirs un démon vient taper à la porte à tout hasard. Il s’appelle Mémène. Il a de longues oreilles velues et l’air doux des anges tentateurs. C’est Mémène qui organise les attentats terroristes.
L’amour n’est pas la paix. Il est l’agneau nu sur la Table qui attire les mouches.
A quoi reconnaît-on l’amour qui persiste et recommence ? Aux ailes de l’angoisse qui s’allongent se remplument et s’empennent, à l’épouvante, à la violence des intempéries à l’intérieur, aux descentes de la police d’autant plus inquiétantes qu’elle est toujours cachée.
Plus le temps passe, plus nous sommes rassurés plus nous sommes terrifiés. Il faut croire que la foi suscite en s’élevant le zèle de l’incrédulité.
Prenez saint Augustin, prenez le petit François, prenez Job, prenez Dieu : des combats, des coups bas du premier jour jusqu’au dernier, une vie de fous. Prenez l’amour promis pour cinquante-cinq années si ce n’est pas l’orage alors c’est la croisade.
Ce récit nous emmène à toute vitesse : c’est saint François à New York."

 

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