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fictions Hélène Cixous

 

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Bibliothèque des Voix

Hélène Cixous
Angst
284 p. - 12,50 €
1977-1998

" Voici la scène sans précédent :
Ma mère me pose par terre. La pièce se ferme. " Attends-moi, je reviens tout de suite. " ma mère sort. La terre se ferme. Je suis dehors. Quand je ne suis pas là, tu meurs. Trahie. Tout se met à mourir...
... Ensuite, il y a les événements que tu n'arrives jamais à te raconter à toi. Ils t'ont pourtant traversée le corps de part en part. Mais ils ne t'arrivent jamais. Je les vois se passer là...

Il s'agirait de ceci : je contemplais dieu la mère, son visage adoré, ses yeux d'amour et de paix. Tout d'un coup son visage s'est convulsé, son sourire s'est déchiré, il m'a craché sur la face, dieu lui-même a craché...
Son crachat sur mes lèvres, j'ai voulu crier, me réveiller. Mais ce n'était pas un rêve. J'étais assise sur le lit. Extrêmement loin de moi, entre la nuit opaque et la nuit des ténèbres, je sombrais dans le temps du trépas, la porte s'est refermée sur moi, personne ne peut l'ouvrir, j'étais sale, mon visage de fange, le crachat de l'aimé sur mes yeux, comme l'aigle sur la proie. Je tombais. Je me perdis. La lumière aussi était une mer de ténèbres. Dieu hurlait. Je ne le comprenais pas bien...
Il y a quelque chose qui ne se raconte pas. Pas dans le temps de ce monde, pas ici. Qui ne pourra jamais s'écrire qu'à l'épuisement de mes langues dans l'infini, là où dieu la vie, la mort, se parlerait à lui-même dans sa langue. Il s'agit d'une fin sans fin. Dont il m'arrive aujourd'hui de jouir. Dans la plus stricte intimité. Il s'agit de l'affolie, celle qui rend les langues impuissantes. De l'amour sans exemple que dieu la folie m'a porté, l'amour sans humanité. Et nul ne le comprenait. C'était un amour terrifiant qui arrêtait la vie et stupéfiait la force de mourir...
Avoir perdu la vue, le corps, la croyance : tu es sauvée. Tu peux attendre la vie suivante sans impatience, sans calculer. Ne prends pas la peine de l'attendre. Si tu l'attends déjà elle est là. Elle arrive. Qui pourrait l'en empêcher ? Il n'y a plus personne. Et cette certitude t'inspire une joie légère, une pointe d'angoisse qui t'excite, ce rien de terreur qui fait battre le cœur quand on vient de mourir. Je n'aimais plus, je n'avais plus à aimer personne. C'était l'amour qui aimait ; que j'aime. "
H.C.

 

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