La rencontre avec Antoinette Fouque et les éditions
"Des femmes" fut un grand moment de ma vie. Si j'en prends rétrospectivement
la mesure je dirai que ce fut un événement et je ne saurais le définir
sans avoir recours à des termes qui fassent intervenir la notion
d'Histoire. Il s'est agi pour moi en effet d'un choc historique
qui s'est propagé en ondes successives, me sortant peu à peu d'un
état d'absence au monde dont je n'avais même pas conscience. Faire
entrer l'Histoire dans sa vie n'est pas forcément un mouvement naturel
et spontané si les circonstances ne l'exigent pas de la façon la
plus pressante. Mais si l'on est appelé à regarder autour de soi,
les circonstances l'exigent toujours. (…) Par ses entretiens vivifiants
et l'exemple d'une activité sans relâche dans les domaines de la
pensée analytique et de l'action politique et sociale, Antoinette
Fouque, entourée du collectif "Des femmes", a sorti le regard de
son inertie oculaire. J'entrevis, parce qu'elles devenaient subitement
accessibles, les sphères où s'élaborait la pensée de mon époque,
où les idéologies mûrissaient et se confrontaient, où les actions
utiles au progrès social se décidaient, puis se préparaient avant
de se manifester en plein jour et d'inspirer des lois qui se voteraient
au Parlement, qui entraîneraient des changements de société, des
mutations dans la pensée, dans l'imaginaire et dans la langue. [...]