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[...] Mais pour ce qui est de l'expression littéraire
proprement dite, si elle existait chez certaines, elle était vouée
au secret, à la clandestinité, réservée non sans danger à la rédaction
d'un journal intime… J'en ai couvert des cahiers entiers, prudemment
enfouis dans mes tiroirs. Quand survinrent quelques "ovnis" : Sagan,
Mallet-Jorris… De jeunes amazones qui dès leur premier essai ont
renversé la donne : les femmes aussi pouvaient écrire, être publiées,
avoir du succès, choquer, en somme écrire "comme des hommes". Mais
pouvaient-elles écrire "comme des femmes" ? Ce sont les éditions
des femmes qui nous l'ont révélé. Je me souviens de ma stupéfaction
enthousiaste quand j'ai découvert les premiers textes publiés par
Antoinette Fouque et son équipe : des fragments de sensibilité,
d'émotion, des cris, des aveux, de l'impudeur… Tout ce que j'écrivais
dans mon journal et que je croyais non montrable sortait ainsi au
grand jour ! [...]
[...] C'est ainsi, grâce aux éditions Des femmes,
que beaucoup d'entre nous ont pu se convaincre qu'elles n'étaient
pas des folles - mais des écrivains. Le temps a passé. Jamais nous
ne remercierons assez ces femmes qui ont consacré la plus grande
part de leur vie à ouvrir les prisons dans lesquelles croupissaient
encore le cœur, l'esprit et le talent de tant de femmes. Aujourd'hui,
lorsqu'elles y sont déterminées, les femmes ont une bien plus grande
possibilité de s'affirmer dans tous les domaines. Quoique le combat
ne doive pas se relâcher - il prend souvent des formes sournoises
-, nous voici en marche accélérée vers la justice, c'est-à-dire
vers la parité. [...]
* Voir
La Bibliothèque des voix
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