Nouveautés

Album anniversaire 30 ans d'édition

- Quelques   témoignages :
 · Madeleine Chapsal
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 · Hélène Cixous
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 · Maria Rosa Cutrufelli
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- Antoinette Fouque :
 · Éditions des femmes
 · Bibliothèque des voix
 · Exposition     Françoise Gilot

- Marie-Claude   Grumbach

Antoinette Fouque
Avant-propos au catalogue des 30 ans*

La maison d'édition Des femmes est née du MLF, que j'ai toujours envisagé comme un mouvement de civilisation, social et culturel, politique et symbolique. Je voulais tracer des voies positives, donner lieu au non lieu, à l'éveil, à la naissance, au développement de la culture des femmes. Il nous a fallu ouvrir des territoires de parole et de pensée, où mener l'investigation et la création. Ces lieux, j'ai tenu à les démarquer du féminisme par le choix de l'intitulé pluriel et partitif : il s'agissait de faire advenir des femmes pour subvertir un ordre symbolique monophallique, pour passer d'une civilisation du Un à une civilisation du deux, d'une économie phallique à une société hétérosexuée et génitale. Les éditions Des femmes sont nées d'une triple admiration pour des " phares ", pour des "maisons de lumière ", au sens où l'employait Virginia Woolf : José Corti qui a édité les surréalistes, Maspero les révolutionnaires, et les éditions de Minuit le Nouveau Roman. [...]

[...] C'était en 1974. Avant, il y avait eu Colette Audry qui avait dirigé une collection " Femmes " chez Denoël-Gonthier, et Régine Deforges qui éditait de la littérature érotique. Depuis, on a vu apparaître des collections sur et par des femmes un peu partout, en France et en Europe. La création des éditions Des femmes fut donc un événement. [...]

[...] La maison d'édition était, est toujours pour moi, le lieu du temps de la vie, du temps à venir, qui renoue avec le premier amour, ce que j'appelle l'homosexualité native, avec les forces de gestation qui animent chaque femme, qu'elle fasse ou non des enfants. Notre pays, notre terre de naissance, c'est le corps maternel, et c'est un corps de femme. Cette homosexualité-là, primaire, en deçà de la perversion, est la première chambre à soi, d'où élaborer une langue, une pensée, un corps, une vie à soi ; elle est structurante, vitale pour le devenir femme, car ce qui faisait pré-histoire fera après-histoire et se retrouvera dans l'élaboration de la génitalité. Il fallait donc qu'il y ait une terre, un jardin premier, pour qu'en effet ne fût-ce qu'une femme écrivain puisse savoir qu'elle avait un lieu où écrire. Mon travail est à la fois en deçà du travail d'un éditeur classique et au-delà, car ce qui m'intéresse dans celle qui écrit, ce n'est pas seulement l'écrivain, c'est aussi la femme. La gestation, telle la poésie, comme expérience enracinée dans le réel, en ses effets imaginaires et symboliques, est un processus de décentrement du sujet. Là, " je est (un)e autre ". Et quand l'interdit sera vraiment levé sur ce qu'est la gestation, alors nous saurons lire et écrire la différence des sexes. [...]

[...] Il s'agit d'être au commencement, à la naissance d'une écriture autre. De permettre aux femmes d'accoucher de leur propre écriture, de réarticuler la procréation à la sexualité, dans une élaboration de leur génitalité, dans le temps de la production du texte vivant. Je rêve encore d'une écriture qui ne serait pas phallocentrée. [...]

* Historique

© Des femmes - 6, rue Mézières - 75006 Paris