[...] Peut-on libérer de l'écriture ce qu'on écrit
? Je cherche la sensibilité de l'écriture, je cherche à faire entendre
en direct la pulsation, la vibration, à les conserver dans les mots.
C'est du domaine de l'amour. C'est la fusion. Ecrire éloigne. J'écris
pour rapprocher. Pour que les mots ne soient plus des symboles.
Pour qu'ils soient la chair elle-même. Et qu'ils lui viennent en
aide. En 1974, je découvrais les Editions Des femmes. Découverte
réciproque car c'est Antoinette Fouque qui m'a publiée pour la première
fois. Ce fut un échange profond. J'en ai gardé un souvenir inoubliable.
Les éditions Des femmes en publiant mon premier texte Retable et
en m'accueillant dans le groupe Psych et Po me permettaient d'accéder
à l'inaltérable liberté d'écrire et de communiquer pour redonner
la chair à la vie, d'agir, à ce stade vierge de l'expression, où
la langue maternelle et le corps ne font encore qu'un et où, dans
l'innocence, les mots, ce langage enraciné dans le féminin, ont
la puissance de transformer la conscience et le savoir.