|
[En France, contrairement à la Scandinavie
et aux pays anglo-saxons, nous n'avons jamais eu de clubs de femmes,
de lieux de rencontre où nous sentir à l'aise, écoutées,
comprises, appréciées, sans crainte du regard de l'autre.
Pour moi, les Editions Des femmes ont constitué beaucoup
plus qu'une maison d'édition, même si elles ont publié
des livres remarquables qui n'auraient trouvé place nulle
part ailleurs dans ces années-là : Hélène
Cixous, Nicole Ward Jouve, Victoria Thérame, Chantal Chawaf,
Adela Turin, tant d'autres.
Sous l'impulsion d'Antoinette, elles ont fait entendre toutes ces
voix nouvelles, tous ces témoignages que personne ne se souciait
d'écouter parce qu'ils émanaient de femmes, de poètes,
d'écrivaines, qui jusqu'en soixante-dix faisaient partie
de ce que Freud appelait "le continent noir", le monde
du silence.
Dans leur librairie de la rue de Seine, j'allais souvent pour le
plaisir de me sentir "en famille". Entourées de
livres dont quelques-uns étaient des chefs-d'uvre,
on puisait confiance en soi et rassurance. Ce dont nous avions le
plus besoin dans les années soixante-dix.
* Bibliothèque
des voix
|