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Duong Thu Huong
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Catherine Deneuve lit
Les Paradis aveugles
de Duong Thu Huong
1 Cassette - 16,50 €
Dans ma mémoire surgirent des centaines de visages,
ceux de mes amis, ceux des gens de ma génération.
Visages rongés par le souci, délabrés,
effondrés, grimaçants, poussiéreux. Visages
éperdus, craintifs. Visages de la peur
La peur
de ne pouvoir acheter quelques marchandises, la peur de ne
pouvoir les envoyer, la peur d'apprendre qu'un vieux père,
qu'une vieille mère n'avaient pas résisté
à la misère en attendant ces misérables
subsisdes
La peur qu'un dignitaire de l'ambassade ne
Visages du calcul. Il fallait penser à tout, (
)
Penser à sa vie, aux lendemains douteux, à un
avenir de brume sur l'océan
Comment pourraient-ils
se confondre, dans la rue, aux visages des humains, de ceux
qui jouissaient tranquillement de la paix, du bonheur, de
la liberté ?
Avoir vingt ans, et sentir les rides
des années sur son front, les cernes de la misère
autour de ses yeux (
) Et la honte, et le mépris
de soi sous le regard des autres
Une déchirure
sans fin
Un petit paradis naissait dans mon âme, sous la grande
voile d'un bateau. Tout m'était alors cher, la voile
rapiécée, le marchand grossier, le visage indifférent
du passeur, celui, humilié, de la femme aux lourds
paniers de pommes de terre. C'était ma part de ce monde,
un petit coin de paradis s'attardant dans les derniers soirs
de l'enfance. Le vent glacé, le clapotis de l'eau,
le crépuscule mauve descendant sur l'horizon, les cadavres
blanchis des éphémères flottant à
la surface de l'eau
J'avais une mère
paradis
unique, merveilleux de l'enfance. D.T.H.
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