|

Voir aussi
L'Amour
inquiet de Friderike et Stefan Zweig
|
Fanny Ardant lit
La Peur
de Stefan Zweig
Coffret 2 Cassettes - 25,50 €
Coffret 2 CD - 24 €
" Lorsque Irène, sortant
de l'appartement de son amant, descendit l'escalier, de nouveau
une peur subite et irraisonnée s'empara d'elle. Une
toupie noire tournoya devant ses yeux, ses genoux s'ankylosèrent
et elle fut obligée de vite se cramponner à
la rampe pour ne pas tomber brusquement la tête en avant...
Quand elle s'en retournait chez elle, un nouveau frisson mystérieux
la parcourait auquel se mêlaient confusément
le remords de sa faute et la folle crainte que dans la rue
n'importe qui pût lire sur son visage d'où elle
venait et répondre à son trouble par un sourire
insolent. Déjà les dernières minutes
auprès de son amant étaient empoisonnées
par l'appréhension de ce qui l'attendait. Quand elle
était prête à s'en aller ses mains tremblaient
de nervosité, elle n'écoutait plus que distraitement
ce qu'il lui disait et repoussait hâtivement ses
effusions. Partir, tout
en elle ne voulait plus que partir, quitter cet appartement,
cette maison, sortir de cette aventure pour rentrer dans son
paisible monde bourgeois. Puis venaient les ultimes paroles
qui cherchaient en vain à la calmer, et que, dans son
agitation, elle n'entendait plus. Et c'était enfin
cette seconde où elle écoutait derrière
la porte, pour savoir si personne ne montait ou ne descendait
l'escalier. Dehors l'attendait déjà la peur,
impatiente de l'empoigner et qui lui comprimait si impérieusement
le cur que dès les premières marches elle
était essouflée. "
Irène est en proie au trouble le plus intense. Un trouble
fait de désir et de crainte du désir, d'élan
et de remords. Elle a le sentiment de trahir et redoute qu'une
femme ne la trahisse. Déchirée entre son amant
et son mari, elle ment, se cache, balbutie, s'évanouit.
Lorsque paraît en France La peur,
en 1935, Stefan Zweig étonne
par son art subtil d'explorer les sentiments qu'éprouve
une femme, au plus près de leur réalité
psychique corporelle. Cette nouvelle est une sorte de prélude
aux romans La confusion des sentiments, Amok, Vingt-quatre
heures de la vie d'une femme, où il déploiera
le même talent.
|